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Technique et tactique – Drones IS(TA)R de l'infanterie

il y a 5 heures
6 min de lecture

Les drones sont désormais un outil incontournable sur le champ de bataille moderne. Pour l’infanterie, leur intérêt ne réside toutefois pas principalement dans la technologie, mais dans leur capacité à obtenir plus rapidement des informations, à vérifier des hypothèses et à fonder les décisions sur des bases plus solides. C’est précisément là qu’intervient le nouveau aide de travail "Utilisation tactique des mini-drones ISTAR dans l’infanterie" de la Formation d’application d’infanterie.

 

Ce guide s’adresse en particulier aux cdts, aux états-majors, aux chefs de section et aux autres membres de l’infanterie qui planifient, dirigent ou utilisent des drones. Il complète les règlements techniques existants en y ajoutant la perspective tactique et intègre les enseignements tirés de la formation, des exercices et des expériences passées. Il doit être considéré comme un guide de travail non officiel et sera perfectionné à mesure que de nouvelles connaissances seront acquises.

 

L'essentiel en bref :

  • Les modèles actuellement mis en service dans la formation de base et les cours de répétition sont : l'ANAFI UKR (niveau compagnie) et le DJI Mini-4-Pro (niveau section) ;

  • La spécialisation des pilotes de drones s'effectue actuellement dans le cadre d'une formation tertiaire ;

  • L'engagement des drones s'effectue au minimum en binôme. Tout le reste est laissé à la discrétion du cdt ;

  • L’utilisation des drones découle de l’évaluation de la situation. Les pilotes de drones doivent être dirigés de la même manière que les éclaireurs et être associés dès le début à l’élaboration du plan ;

  • L’intégration technique a ses limites ;

  • Ce guide doit être considéré comme un outil de travail et ne prétend pas à l’exhaustivité. Les expériences acquises doivent être intégrées en permanence et le guide doit être révisé en continu.

 

La question décisive n’est pas : « Que peut faire le drone ? »

La question que doit se poser le commandant militaire est plutôt : « Quelle contribution le drone peut-il apporter, dans ma situation, à l’accomplissement de la mission ? »

 

L’infanterie dispose actuellement de deux systèmes différents : l’ANAFI UKR et le DJI Mini-4-Pro. L’ANAFI UKR est conçu pour un usage militaire et dispose, entre autres, de capteurs de vision diurne et d’imagerie thermique ainsi que d’un système de communication cryptée. Le DJI Mini-4-Pro se distingue quant à lui par son faible poids, sa grande mobilité et sa simplicité d’utilisation. Les deux systèmes ne sont donc pas interchangeables à volonté, mais doivent être utilisés en fonction de la mission, de la menace, des conditions environnementales et du résultat de reconnaissance souhaité.

 

Pour les responsables, un constat est essentiel : les drones ne remplacent pas les éclaireurs, les observateurs ou les observateurs. Ils élargissent leurs possibilités. Ils peuvent réduire le temps nécessaire à l’obtention d’informations pertinentes pour la prise de décision, offrir une vue d’ensemble rapide d’une zone et vérifier les rapports.

 

Le drone devient ainsi un outil de commandement.

 

L’utilisation d’un drone commence dès la phase de planification

L’utilité d’un drone ne commence pas seulement au moment du décollage. Une utilisation efficace des drones commence dès l’évaluation de la situation.

 

Le cdt doit déterminer quelles informations sont nécessaires, à quel moment elles sont requises et quelle importance elles revêtent pour sa décision. La planification concrète du vol doit en revanche être systématiquement confiée au pilote de drone. Ce dernier peut en effet tenir compte directement du terrain, des conditions météorologiques, de la menace, de la trajectoire de vol et des contraintes techniques. Le guide recommande donc d’impliquer les pilotes de drones dès le début de la planification et d’entretenir avec eux un dialogue tactique.

 

Cela modifie également la conception du commandement. Le pilote de drone n’est pas simplement l’opérateur d’un système technique. Il doit comprendre la situation tactique, être capable d’agir de manière autonome et savoir quelles informations sont réellement pertinentes pour la prise de décision du cdt.

 

L’organisation mérite également une attention particulière. L’intervention par drone s’effectue en principe au moins en binôme. Tandis qu’une personne pilote le drone, la seconde se charge notamment de la protection rapprochée, de l’observation des environs, des liaisons, du changement de batterie et de la préparation d’une mission suivante. Cela renforce l’endurance, la maniabilité et la capacité de survie.

 

Voir – sans être vu soi-même

Le gain d’informations apporté par le drone n’est qu’un aspect de la question. Chaque mission de drone génère simultanément des signatures.

 

Les émissions acoustiques, optiques et électromagnétiques peuvent trahir les propres forces, les postes de commandement ou les intentions. Face à un adversaire de niveau technologique équivalent, il faut donc tenir compte, dès la phase de planification, de la signature générée par l’utilisation de nos propres drones et du risque qui en découle.

 

Le décollage et l’atterrissage comptent parmi les phases particulièrement critiques. Des axes de vol directs, des schémas répétitifs ou un décollage à proximité immédiate d’un poste de commandement peuvent fournir des indices précieux à l’adversaire. L’exploitation du relief, les trajectoires d’approche indirectes, les altitudes de vol adaptées et un profil de vol choisi délibérément ne relèvent donc pas uniquement du pilotage, mais font partie intégrante du camouflage tactique.

 

À l’inverse, la visibilité d’un drone peut également être exploitée de manière délibérée. Une mission de drone identifiable peut capter l’attention de l’adversaire, déclencher des réactions et contribuer ainsi à la désinformation.

 

Le terrain et l’environnement imposent des limites

Les performances d’un drone ne sont pas constantes. La température, le vent, le relief, les conditions de visibilité, l’environnement électromagnétique et la qualité de la connexion influencent directement la portée, la durée de vol et les performances des capteurs.

 

En milieu urbain, les drones ouvrent de nouvelles possibilités d’observation derrière les bâtiments et dans des espaces difficilement visibles. Dans le même temps, les obsacles urbains et les interférences électromagnétiques réduisent la qualité de la connexion et augmentent le risque de collision. En montagne, le vent, la température, l’altitude et la topographie ont une incidence particulièrement forte sur le comportement en vol et la connexion. En terrain couvert, la végétation, les lignes de vue courtes et l’absence de zones de décollage et d’atterrissage limitent l’intervention.

Une chose est claire : une intervention prometteuse par drone ne peut être planifiée indépendamment du terrain.

 

Il en va de même pour la logistique. La capacité disponible des batteries limite directement la durée et l’efficacité de l’opération. La température, le vent, l’altitude d’intervention et le profil de vol influencent la durée effective de vol. Les réserves de batteries, les temps de charge et l’infrastructure de recharge doivent donc être intégrés dès la planification de l’opération – et non pas seulement lors de la préparation immédiate avant le vol.

 

Du bataillon à la section

La valeur ajoutée tactique varie selon le niveau et la formation.

Au niveau de la compagnie d’infanterie, le drone aide notamment le cdt à évaluer la situation. Il peut effectuer des reconnaissances sur des zones clés, vérifier des informations, observer les mouvements de l’adversaire ou surveiller les flancs. Son utilité principale peut se manifester avant même le début d’une opération, en permettant de vérifier les hypothèses et d’identifier les risques à un stade précoce.

 

Au niveau de la section d’infanterie, l’intervention devient plus immédiate et à court terme : jeter un œil derrière un rebord de terrain, vérifier un obstacle, reconnaître un itinéraire de marche ou observer un barrage.

 

Pour les éclaireurs, le drone élargit les capacités de reconnaissance et peut être utilisé jusqu’à la localisation de cibles, la conduite des tirs et l’évaluation des effets (en cours de test). Pour les formations de reconnaissance, de sécurité, de ravitaillement et de transmission, d’autres priorités se dégagent. Le guide présente délibérément ces possibilités d’utilisation en fonction de chaque type de formation.

 

Conséquences pour le cdt

La conclusion principale n’est donc pas que chaque formation d’infanterie ait besoin d’un maximum de drones.

 

Il est bien plus déterminant de considérer les drones comme faisant partie intégrante de son propre arsenal tactique. Le cdt doit connaître leurs possibilités, tenir compte de leurs limites et intégrer leur utilisation dès le début dans sa planification.

 

Utilisé à bon escient, un petit drone peut fournir en peu de temps une information dont l’obtention nécessiterait autrement de mobiliser des effectifs, de consacrer du temps ou de prendre des risques. Mal utilisé, ce même système peut mettre ses propres forces en danger, mobiliser des ressources ou simplement générer une grande quantité d’images ou d’informations peu pertinentes.

 

Le guide pratique « Utilisation tactique des mini-drones ISTAR dans l’infanterie » vise donc moins à expliquer comment piloter un drone qu’à montrer avant tout comment l’utiliser et le commander de manière tactiquement judicieuse. C’est précisément là que réside sa valeur ajoutée pour les officiers de l’infanterie.

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